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UltraTrail de 133K/5300m+ à la Martinique

TransMartinique 2011 par Yorick…

L’histoire de notre TransMartinique commence il y a à peu prés un an quand on a essayé de définir un programme concret et correct pour 2011…

On s’était dit que la Martinique serait une bien belle manière de cloturer l’année mais on a attendu un bout avant de s’inscrire, je crois qu’on a du faire ça en Mai ou Juin…

Et je crois que c’est après Andorre que nous avons décidé de faire course commune avec le Frérot!

Ensuite, bah, la saison s’est assez bien déroulée pour moi avec un corps qui a tenu le coup malgré tout ce que je lui ai imposé…

De ce fait, je ne vais quand même pas dire que je suis arrivé confiant en Martinique mais avec un mental au taquet pour tout donner et essayer de voir Sainte Anne…

La Martinique, déjà, fallait y aller!

Pour moi qui n’avait jamais pris l’avion…

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Fallait se tranquiliser à un moment donné!

C’est bien l’avion, ils te préparent déjà aux coutumes du pays où tu vas ;D

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De là, arrivé sur place, on avait tout de même quelques jours à tuer et en avons profité pour commencer à visiter et à faire les idiots, comme par exemple sous un ponton, dans un canoé!

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Mais, les choses sérieuses ont vite pointées le bout de leur nez…

Le mercredi soir, nous avons récupéré nos dossards, le jeudi, journée repos et le vendredi 0h15, réveil pour aller prendre le bus à Sainte Anne, ville d’arrivée

Bus qui nous a amené jusqu’à Grand Rivière, tout au Nord de l’Ile!

Petite traversée Nord Sud de nuit avant d’entamer le long retour par les sentiers…

Arrivé à Grand Rivière, nous déposons nos sacs d’assistance, déjeunons, faisons et refaisons nos lacets (surtout moi!!!), lisons les sms et messages d’encouragements! (merci les Parents et les
Marseillais ;) )

L’heure de départ arrive bientôt et nous voilà embarqué dans une belle – et longue! – aventure avec Alex!

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Le peloton est lancé dans les rues de Grand Rivière!

Nous passons le long du Canal de la Dominique et repartons assez vite plein Sud dans le village!

Traverser un pont si près de l’océan, passant sur une super rivière tropicale entouré d’une végétation luxuriante mais décoré de décorations de Noël, y a pas comme un souci là?!?

Pour nous métropolitains, ça paraît vraiment bizarre!!!

Mais, bon, ici aussi, c’est le 9 Décembre et Noël arrive!

Donc, passage sur ce pont et, hop, on attaque dans le pentu!

Nous avons décidé de partir sans frontale, ces cinq petites minutes du départ sont les seules où l’on pourrait le regretter, et encore!

De là, on ressort sur une piste plus large et commence la montée vers la Montagne Pelée que je sais assez longue et surement éprouvante…

(9kms 1300m D+ tout de même…)

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Alternance de pistes larges dans des champs de bananiers et de canne à sucre

C’est juste sublime…

Puis, à force de grimper, on arrive dans… rien!

Le sommet s’est dessiné là haut, au milieu de la brume, et on avance à vue de balises en balises

C’est beau et super sauvage!

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Mais, par contre, ça monte franchement sur la fin!

Avec des marches, des trous, des passages très glissants, des cordes, tout quoi!!!

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Mais, le sommet est là plus vite que prévu!

Deux spectateurs nous encouragent à la demande d’Alex et, j’essaie de relancer!

J’essaie car, pour moi, une crête, c’est toujours le moment où je re-habitue mes jambes à l’effort de courir avant de les traumatiser dans la descente qui risque, immanquablement, de suivre!

Là, euh, comment dire, le chemin fait la largeur d’une de mes chaussures…

Puis, je n’ai jamais été à l’aise là dedans mais, sachant Alex derrière, j’essaie de pas trop trop lambiner…

Enfin, peu après, on bifurque à droite pour redescendre sur l’Aileron de la Pelée, au 11ème km!

La descente est rude…

Au départ, ça peut se courir sur un joli chemin puis, ensuite, alternance de dalles glissantes, de passages si pentus et humides que je me croirais plus en train de pratiquer le canyoning que le
trail…

Mais, même à mon allure d’escargot, je me régale et, surtout, en prends plein les yeux!

Alex prend pas mal d’avance sur moi puis s’arrête pour pisser, filmer, s’occuper quoi!!!

Mais, la route arrive bientôt et on peut se permettre de relâcher un peu la foulée avant de prendre une piste un peu comme mes DFCI sur la droite où l’on peut continuer de dérouler dans les
champs de bananiers…

Du coup, le ravitaillement du Domaine de la Vallée (15ème km) arrive assez rapidement!

Je me fais chambrer par un des bénévoles qui me propose d’appeler ma Mère pour lui dire que tout va bien!

(Il a lu les messages d’encouragement du matin!!!)

On refait le plein en discutant avec Pascal, un des organisateurs, puis, c’est reparti direction Morne Rouge!

Partie en béton et goudron un peu chiante avant d’attaquer la montée vers la Crête du Cournan qui se fait assez bien malgré un pourcentage correct de dénivelé…

Attention, ne pas confondre Cournan avec Crête du Courant ou du Coureur!!!

Car, là, on commence à comprendre ce qui nous attend vraiment pour les 25 (environ!) prochaines heures!!!

Racines, boue, végétation omniprésente, rien de très courable quoi…

Mais, c’est magnifique et même si on n’avance pas, on s’en prend plein les yeux!!!

La descente finit par arriver, le paysage est toujours sublime avec le soleil s’infiltrant parfois dans la végétation pour venir nous réchauffer un peu plus et éclairer notre chemin de
magnifiques couleurs…

Mais, malgré ça, le rythme est toujours bien lent!

Je suis prudent désormais car je ne veux plus me blesser (ou au moins essayer!!!)

Alex file parfois un peu devant mais je sens que, même le Chamois qui sommeille en lui ne semble pas bien à l’aise sur ce terrain particulier…

En fond de vallon, nous traversons quelques gués, les premiers où l’on doit mouiller les pieds mais, ça nous les rince!

De là, on récupère un chemin le long d’un espèce de canal d’irrigation que l’on suit un moment en trottinant avant de rejoindre une piste qui nous mène au ravitaillement de Sainte Cécile (26ème
km) où nous sommes, encore une fois, super bien accueillis!!!

Plein d’eau, tucs, bananes, coca, chocolat et en avant pour la montée sur le Morne Jacob

Même montée que précédemment, ça glisse, y a des marches, des racines, de la boue, des feuilles mouillées, tout ce qu’il faut pour passer une bonne journée ;D

Je n’ai d’ailleurs aucune idée de l’heure, il doit être bientôt midi…

Bref, ça grimpe, tant bien que mal et pas si lentement en fait car personne ne nous rattrape…

Très court passage en crête avant de plonger dans la Trace des Jésuites

Alex est assez loin devant car je me traîne pour rester prudent et commence à pas mal souffrir de la chaleur…

Mais, en arrivant sur un passage de cordes, je le vois en contrebas, le visage un poil crispé

Il m’explique qu’il a voulu descendre la pente dos au chemin mais qu’il s’est vite rendu compte que ce serait mieux face au bourbier, comme un rappel ;D, sauf qu’il s’est vrillé la cheville dans
son demi-tour…

Il serre les dents, refuse toute médication et continue sa progression…

Moi, de derrière, je dis rien mais, ça me fait un peu chier pour lui…

On arrive au bas de la Trace des Jésuites et traversons la Rivière Lorrain…

De l’eau jusqu’aux genoux, super, c’est bon et frais!!!

Et, hop, on repart!

Toujours sur la Trace des Jésuites, nous entamons l’ascension vers le Morne du Lorrain!

Une sacrée montée d’environ 500m D+ (oui, 500m D+ et non pas 1000 ou 1300 comme d’habitude mais, dans des conditions – vraiment – beaucoup plus dures!)

Environ 100m avant le « sommet », se trouve le ravito de la RD1, la seule barrière horaire du parcours, à 16h30 (10h30 de course!)

Cette montée est la même que les précédentes, toujours aussi difficile mais belle!

Enfin, le temps s’est assombri et, avec une telle végétation, on voit plus grand chose!

Le ravito est bientôt là, encore le plein, encore ravitaillement en solide et en avant pour finir ce morne, l’avant dernier « sommet » de la série de 6 qui parsèment les 50 premiers kilomètres de
course…

Après quelques derniers (gros) efforts, nous voici sur la crête!

Encore plus boueuse que les précédentes…

Si, c’est possible!

Les pieds qui restent plantés, 1minute pour faire 10mètres, la misère quoi!

Puis, des racines en plus, des arbres, de tout!!!

On attaque la descente dans la forêt de Morne des Olives et dépassons le panneau du 35ème km

Me revient en tête une note du Road-Book (Copilote Inside!!!):

« KM 35 – Descente délicate et technique »

Ah, merde, pour qu’ils prennent la peine de le préciser, c’est que ce doit être dur…

Je descends donc à l’arrêt, validant chaque appui, très concentré sur mes pieds

J’entends un léger bruit dans mon dos suivi d’un gros cri de souffrance

Le temps de me retourner, Alex est par terre, en larmes…

Une tentative infructueuse de se relever plus loin, je ne lui laisse plus le choix et lui file de quoi soulager un minimum ses douleurs…

On prend deux minutes et on essaie de repartir

Il sait que c’est fini

Je sais qu’il sait que c’est fini

Il sait que je sais qu’il sait que c’est fini

Je sais qu’il sait que je sais qu’il sait que c’est fini

Du coup, on ne dit rien, ni l’un ni l’autre…

Quelques coureurs nous doublent, l’un lui donne de l’Arnica en homéopathie, merci à lui!

J’essaie de me rappeler la suite du parcours mais c’est le trou…

J’appelle le PC Santé pour qu’ils le prennent en charge mais ils ont du mal à nous situer et je capte mal…

On avance encore un peu pour rejoindre une route!

Rappel du PC Santé qui, là, nous situe!

J’attends près de mon patient malgré lui qu’on vienne le prendre en charge!

Arrive ensuite un infirmier du CHU de Fort de France et Marie Jo, la responsable du PC Santé qui vont prendre la suite plus efficacement que moi!

Bon, bah, y a plus qu’à repartir maintenant que je le sais entre de bonnes mains…

Je quitte bientôt la route pour traverser la Rivière Blanche avant d’entamer la grimpette aux alentours de Coeur Bouliki…

Encore des marches mais moins de boue…

Coup de fil à ma Chérie puis à ma Mère qui essaient tant bien que mal de me réconforter

Ca fait mal de perdre le soutien (mais aussi la mise de pression ;D) d’Alex…

Je continue ma route seul, dents serrées et empêchant les larmes de monter vers cette dernière crête!

Effort récompensé!

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Vue sur la Mer des Caraïbes d’un côté

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Vue sur les terres et l’Océan Atlantique de l’autre côté…

Encore des passages super boueux, glissants et difficiles qui vont me mener à une descente ludique, tout en glisse, sur Saint Joseph

Là, je retrouve la civilisation, maintenant, je sais que je ne la requitterai à nouveau vraiment qu’après le passage au 100ème km (je suis au 45ème)

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La base vie est bientôt là, Alex m’attend devant avec un coureur rencontré dans le bus qui a dû abandonner aussi…

Ca a l’air d’aller mieux pour lui, il a été bien pris en charge!

Sachant que je fais désormais ma course seul, je prends le temps de me rincer les pieds avant de rentrer dans la base où je me douche, crème mes pieds au taquet, change de chaussettes, de
chaussures, l’intégralité de ma tenue…

Je me soumets au contrôle médical obligatoire, me ravitaille un peu, oublie d’embarquer mon ravitaillement perso pour les 10heures à venir (pas grave, j’ai pas mangé grand chose de mes réserves
avant!) et repars assez vite

Arrêt somme toute assez efficace!

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La suite, c’est une petite descente sur goudron puis béton pour quitter Saint Joseph!

Petite remontée ensuite pour traverser une route où m’attendent deux bénévoles

Je profite de leur présence pour m’arrêter deux minutes et passer en mode nuit!

Il n’est que 17h15-30 à peu près mais la nuit commence à tomber et je profite de parler avec ces signaleuses pour enfiler frontale et chasuble fluo!

Je repars ensuite tranquillement vers un énième passage de gué où je trempe mes nouvelles chaussettes et chaussures…

Le moment au sec n’aura duré que peu de temps…

Petite photo pour immortaliser les 12h de course, la suivante sera à 24h…

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Là, je n’ai plus beaucoup de souvenirs…

Simplement que j’ai partagé une bonne heure de mon parcours avec deux martiniquais et un métro qui travaille en Martinique…

Pas beaucoup de blablas mais, par contre, 10-15minutes de perdues dans une stupide erreur d’orientation dans une bananeraie…

La trace retrouvée, je pars, seul, me disant que je serais plus concentré ainsi…

Le Lamentin (59ème km) pointe le bout de son nez mais le parcours nous fait faire des tours et des détours pour l’atteindre!!!

Je commence à croire que j’ai des hallus quand je me rends compte que, non, je viens vraiment de passer à moins de 50cm d’une vache qui m’a suivi du regard!

Un peu plus loin, je croise deux veaux…

Pas serein quand même le gars et, à moitié dans le gaz!

Mais, voilà le Lamentin et son ravito!

Je refais le plein, prends à manger en réserve et essaie de me nettoyer les pieds…

Impossible, pas de tuyau et je n’arrive à rien améliorer avec mes mains…

Je repars donc direction le François les mains crottées :)

Parcours inintéressant pour rejoindre le prochain ravito passant par le Morne Pitault et le Chemin Lhuillet…

Passage par une bananeraie et un sous bois très humide et boueux pour rejoindre une route bétonnée puis goudronnée à assez fort dénivelé avant d’atteindre un point d’eau au 67ème km tenu par un
local qui a dû aller se coucher (en même temps, il doit être 23h ou 0h…)

Je refais le plein, fini la montée, vraiment dans le gaz, et entame ma descente où je rattrape deux coureurs qui nous avaient doublé pendant la mésaventure d’Alex ou un poil avant…

« Mais, t’arrives encore à courir là dedans? »

Bah, perso, une descente bétonnée, mes genoux et mes quadris l’apprécient toujours un poil plus en me laissant aller du mieux que je peux…

J’entre dans le Bois Aubery avec un coureur en point de mire, bien que loin de moi!

Je rejoins ainsi la route puis, ensuite, le ravitaillement du François! (75ème km)

Alex s’est endormi dans la voiture sur le parking du ravito et je ne l’ai pas prévenu de mon arrivée

Du coup, on se rate, pas bien grave pour moi, plus pour lui qui a fait pas mal de bornes pour rien…

En ce qui concerne le ravito, c’est surement le pire du parcours avec pas mal de coureurs en petite forme et des bénévoles moins motivés que sur les autres points

Du coup, je refais le plein, embarque à manger et… un café!

Vu comment je suis dans le gaz, ça ne me fera pas de mal!

Surtout que la suite s’annonce rude avec le passage au Morne Acajou puis, surtout, la montée sur la Montagne du Vauclin…

Pas mal d’idées noires pour moi dans les rues du François d’où le Défi Bleu s’est élancé il y a 3-4heures…

J’appelle ma Loutre pour un peu de soutien mais finis par craquer, lui raconter de la merde, pleurer…

Je raccroche, ou elle, il vaut mieux…

Ses mots par la suite par sms me réconforteront

Ma cousine qui habite en Guadeloupe, juste à côté, m’envoie aussi pas mal de messages et je me raccroche à ça, aux paroles de mes parents quelques heures avant, au fait qu’Alex, lui, est blessé
et, j’avance…

De toute façon, je peux pas abandonner, je suis en bon état physique malgré mes pieds pourris et une énorme envie de dormir!

J’ai pas le droit!

Je continue donc, me disant qu’à la base vie du Vauclin, je prends tout le temps nécessaire pour repartir dans de bonnes conditions!

Me voilà donc vers l’Habitation Clément, une des rhumeries très célèbres de Martinique

C’est presque effrayant de nuit avec les employés qui doivent faire des tests de haut-parleurs et de machines…

Je suis là en compagnie d’un Guadeloupéen, je crois, avec lequel on reste un bon bout de temps puis, en attaquant la montée sur le Morne Acajou, je le laisse partir, lassé…

Je m’arrête cinq minutes sous un lampadaire et en profite pour changer les piles de ma frontale…

Je continue, seul, sur une alternance de pistes, de routes goudronnées ou bétonnées, je me fais pas mal rattraper, ça fait mal au moral mais je n’ai plus rien comme jus…

La féminine qui s’inquiétait pour mes genoux plus tôt me dépasse puis je la rattrape, elle s’endort sur place…

Arrivé sur une espèce de crête, elle s’arrête pour se poser 5minutes puis repartira derrière moi, on ne se reverra que 35kms plus loin…

Moi, j’arrive au point d’eau de la ferme aux Coq(s?) (84ème km), qui marque le début du calvaire de la Montagne du Vauclin…

En arrivant sur cette fameuse montagne (culminant tout de même à 504m…), j’avais une vue complétement dégagée sur le « sommet » étoilé, mais, une fois juste au dessous, hop, un espèce de nuage de
brouillard vient s’y accrocher et j’entame le fameux calvaire en ne voyant pas plus loin que 2-3m…

Mais, ça suffit!

Je m’explique, je regarde mes pieds, je les déplace vers le haut, ils glissent vers le bas!

Explication: la Montagne du Vauclin, c’est de la terre et de l’herbe

Et des croix, 13 de chaque côté, un vrai calvaire, au sens « chemin de croix » du terme!

Pas un seul caillou sur lequel prendre appui de ce côté là, rien…

Donc, je galère!

Ambiance fantomatique où, en arrivant sur les croix blanches, dont le nombre s’egrenne de I à XIII, tu vois plus d’empreintes digitales boueuses que de blancheur immaculé…

Je compte, je compte, j’essaie de fouiller le brouillard à la recherche de la prochaine croix, ma prochaine ancre vers un sommet que je ne pense jamais atteindre…

Croix numéro XIII…

C’est fini, crête, descente, base vie!

Non…

La crête est comme toutes les crêtes là bas, boueuse, racineuse et glissanteuse à souhait!

Je finis par m’en sortir et attaque la descente!

Ayant un peu tourné sur moi-même, je me dis, à la vue d’une croix XIII, que je vais refaire le parcours en descente!!!

Non, quand même pas!

Il s’agit d’un autre calvaire, montant à la même chapelle mais, sur la face Est de la Montagne (le premier était sur la North Face ;) )

Là, il y a quelques racines pour retenir mes glissades mais, je ne suis pas très serein et préfère descendre, majoritairement, sur les fesses!

Compte à rebours vers la croix I qui marque la fin du chemin de croix mais pas de mon calvaire!!!

Je pensais qu’arrivé en bas, je n’aurais qu’un petit km à me laisser glisser vers la base vie du Vauclin!

Que nenni!!!

Il s’agira, en fait, de 6kms de descentes bétonnées et traversées de champs de bananiers interminables pour finalement parvenir au stade du Vauclin par un dernier détour par la gauche…

J’y arrive exténué

Alex ne me dit rien, je sais pas trop quoi en penser

Il est 4h du matin, 22h de course, j’ai dépassé mon plus long temps en course sans m’en apercevoir…

Je passe sous une douche gelée, enchaîne par podologue et ostéo…

Apparemment, le corps va pas si mal

Mais, m’endormant sur la table de l’ostéo, je comprends qu’il faut que je dorme (ce que je sais depuis le Lamentin…)

Je m’accorde 15min d’une microsieste qui m’aura fait beaucoup de bien

A 5h, Alex me réveille et je repars pour les 41derniers kilomètres tout habillé de propre et les pieds au sec…

Dernière difficulté, la montée aux Eoliennes…

Environ 5minutes après mon départ de la base vie, gué boueux et, hop, les pieds pourris…

Pas grave, je continue de progresser et prends une petite photo à 6h du mat’ pour immortaliser les 24h de course du bonhomme…

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Je grimpe un peu tranquillement et débouche sur un premier passage en balcon avec une vue merveilleuse sur un lever de soleil sublime…

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C’est par là que je commence à mesurer la chance que j’ai d’être là…

Je continue toujours à mon petit rythme et continue de grimper sous des éoliennes, m’offrant un nouveau point de vue sur le lever de soleil…

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Derrière, on redescend vers la Route Départementale qu’on traverse pour aller déboucher au ravito de Macabou, le 100ème km, point de départ du Trail des Caps

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Pour le rejoindre, une très très longue ligne droite se présente à moi

J’essaie d’allonger la foulée mais, impossible, mes pieds couverts d’ampoules me font trop souffrir…

Du coup, je marche vite dans une position assez ridicule…

Me voici au ravito où Alex m’attend avec le sourire, moi, j’ai plus de mal mais je suis content!

Troisième fois que je dépasse les 100kms en 2011!

J’aurai juste aimé partager ce lever de soleil avec lui…

Ravito rapide où Alex me fait le plein, tout comme au Vauclin, je mange un peu, reprend mes esprits, échange 3mots avec Pascal Brissard, l’orga, et repart!

Le prochain ravitaillement est dans 6km, au Cap Macré

S’ensuit un long passage magnifique au lever du jour, toujours, sur la plage…

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Quelques petits passages dans les terres mais beaucoup beaucoup de plage, c’est beau et je suis content d’être là, de savoir que, maintenant, sauf soucis, je ne peux que finir!!!

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Quelques coureurs au loin, que je rattraperai, il s’agit des derniers du Défi Bleu

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Et, peu avant le ravito de Cap Macré, une jolie forme dans les rochers qui me fait penser à Elle qui doit commencer à s’inquiéter pour moi…

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Voici le ravito où je ne m’arrête pas, je me contente de grignoter deux bouts de chocolat et de repartir vers le ravito de Cap Chevalier, annoncé seulement 4kms plus loin…

Je trempe un de mes buffs dans un cours d’eau croisé plus loin pour me rafraîchir et continue, encore et encore, d’avancer…

Je commence à souffrir de la chaleur qui arrive de plus en plus

Je ne sais plus quelle heure il est, calculant sans cesse l’heure en métropole et l’heure sur l’île, plus assez lucide pour effectuer une simple soustraction…

Le chemin alterne plage, passage dans les rochers, sur des petites traces surplombant la plage

J’en chie, j’ai mal aux pieds

J’envoie des messages, en lis, appelle un peu…

Alex, au bout d’un moment m’appelle car il s’inquiète, il n’a plus vu de coureur depuis plus de demi heure!

Au GPS, j’ai dépassé les 110kms où aurait dû se trouver le ravitaillement que je semble apercevoir dans la moindre anse, le moindre recoin

Je commence à me dire que j’ai loupé une pseudo bifurcation, que le balisage que je suis n’est pas le bon…

Je suis pas au top là…

Puis, finalement, je rentre complétement dans les terres et me dit que je me rapproche…

En effet, il me semble vaguement me souvenir qu’à un moment, la Trace des Caps, le tracé que nous suivons et qui a donné son nom au Trail partant de Macabou, rentre bien comme il faut dans les
terres!

Et, là, au bout d’une route goudronnée, qui je vois, mon Alex qui m’attend

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Je monte au ravito (oui, en plus, ils nous font faire 2m de D+ pour y accéder!!!)

Alex me fais le plein, moi, je récupère mes esprits et essaie de voir avec les bénévoles si c’est normal que j’ai 112kms au compteur et pas 110!

« Bah, non, personne ne nous a dit qu’on était trop loin, on nous a juste dit que le ravito suivant était plus près que prévu »…

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Je repars en me disant que je vais galérer jusqu’au ravito suivant, à Anse Prune, 125ème km, le dernier ravito avant Sainte Anne et l’arrivée!!!

Le parcours se passe en majeure partie dans les terres, sans un brin d’air et sans le ressac agréable et frais des vagues…

J’entre alors dans la Baie des Anglais…

Plus jamais!

Un chemin inintéressant et en plein cagnard, pas un brin d’ombre, de la caillasse au départ, un peu de terrain souple après pour finir, à nouveau, dans un poil de boue et un passage sur des
passerelles en bois, j’en peux plus, ça me gonfle et je veux en voir le bout!

Psychologiquement et physiquement, j’arrive presque à mes limites, des larmes me montent et, pour une des premières fois, je m’arrête en course, hors base vie ou ravito, juste pour me poser et
reprendre mes esprits, seul, au milieu de rien!

Deux coureurs me rattraperont bientôt, la féminine qui s’endormait la veille et un homme qui semble très en forme…

Je n’arrive pas à suivre, trop mal, à tous les sens du terme…

Mais, voici bientôt l’anse Trabaud, que j’attends depuis plus d’une (ou deux!) heure(s)!

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Pendant ce temps là, Alex, lui, ne s’en fait pas, il se baigne près de la Pointe des Salines, l’une des plages les plus réputée de Martinique…

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Moi, je continue, avec encore plus de sable sur mes pieds que lui!!!

J’arrive bientôt en vue du Morne des Pétrifications, le dernier que j’ai à grimper, au moins 50m D+!!!

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Là, c’est pareil, je vois des coureurs au loin mais il s’agit de ceux qui viennent de me doubler et qui rattrapent les derniers du Défi Bleu!

Alex, pendant ce temps, vient me rejoindre un peu plus loin, vers la Savane des Pétrifications!

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Je trouve ça magnifique, bien que portant bien son nom!

D’ailleurs, je dépasse bientôt la Pointe d’Enfer…

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Alex m’appelle, je suis bientôt près de lui, au « Pont du Défi Bleu »!

J’explique…

Quelques rochers émergeant à peine de l’eau puis un joli pont en bois

En temps normal, je serai arrivé en courant, hop hop hop, trois bonds de cabris et, hop, sur le pont!

Là, c’est plus dur!

J’essaie d’étudier le terrain

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Tente d’abord par la gauche

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Puis, indécis et, malgré les conseils d’Alex, par ma droite!

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Finalement, je mets les pieds dans l’eau et arrive à mes fins!!!

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Moment assez ridicule duquel tout le monde peut profiter ici (on dit merci Alex!)

Je passe donc sur le pont encouragé par des bénévoles et rejoins péniblement, et en compagnie d’un Alex blessé allant plus vite que moi, le ravito du 125ème, Anse Prune

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Alex me fait le plein, moi, je meurs sur place et me laisse reprendre par un coureur qu’Alex me dit d’accrocher, impossible…

Je repars à fond pourtant, 5km/h GPS!

Mais, je sais que j’ai fini, ma place ne m’importe plus, je veux arriver à Sainte Anne et me baigner..

Du coup, je continue, encore et toujours!

On longe des plages paradisiaques qui, à cette heure (13h), commencent à être pleines de touristes…

Je ne vois plus grand chose moi

Le chemin, la ligne droite, les balises

Je sens mes pieds, de plus en plus; je me dis que vu la douleur, je dois avoir des ampoules énormes…

Mais, je persiste

Rattrapant des concurrents du Défi Bleu, encore

Des bords de plages, nous rentrons encore un peu dans les terres, vers l’Etang des Salines puis vers l’Anse Meunier, bien moins fréquentée…

Je m’attends maintenant à déboucher pour la dernière fois sur le goudron…

Ce qui ne manque pas d’arriver, en même temps que deux concurrents me rattrapent…

L’un de la TransMartinique, l’autre de la TransMartinique en relais, tout deux en mauvais état mais quand même bien plus rapides que moi!

Je ne cherche pas à accrocher et rattrape bientôt encore deux concurrentes du Défi Bleu dont l’une qui a dû encore plus chuter que moi vu l’état de son équipement…

On se tape une petite grimpette pour venir surplomber Sainte-Anne

Je vois le lieu d’arrivée où Alex m’attend déjà…

Il me reste moins de 2kms pour le rejoindre…

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Encore une fois, j’essaie de relancer mais, si je me suis « habitué » à la douleur en marchant, je n’arrive à me résoudre à la subir dix fois plus forte en trottinant…

Je reprends un coureur de la TransMartinique qui avance courbé sur ses batons, il m’explique qu’il s’est tordu les deux chevilles bien comme il faut vers le 50ème km…

Il me dit de continuer devant à ma faible allure, que, pour lui, finir dans cet état, même dernier, est le principal à ses yeux!

Je continue, tranquillement dans les rues de Sainte Anne, j’ai mal mais j’ai fini!

Les Saintannais nous regardent bizarrement, faut dire que voilà le spectacle que nous leur offrons…

Dernière montée puis, bifurcation à gauche et, avant de descendre des escaliers, un panneau: « 500m »…

J’y suis!!!

Un peu plus loin, on tourne encore à gauche et, me voilà sur la route suivi dans la nuit de jeudi à vendredi pour aller garer la voiture et prendre le bus…

« 100m »

J’en fais encore 80 en marchant, voyant Alex me faire les gros yeux et me gueuler de relancer…

Voici les 20derniers mètres, j’allonge la foulée sous l’annonce du speaker (que je n’ai pas entendu sur le moment…) et passe l’arche sous l’objectif d’Alex!

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C’est fini!

On le voit au sourire sur mon visage sur la photo, je suis vraiment très heureux…

Je tombe dans les bras d’Alex et essaie d’aller récupérer médaille et T-shirt finisher!

Je titube un peu, mes jambes ont du mal à me porter…

De là, direction la zone médicale où je peux me poser à l’ombre…

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Juste après la photo, je m’écroule…

Coup de fil à ma Mère et Julia, un peu honteux de les avoir au téléphone en larmes…

L’ostéopathe qui m’a massé au Vauclin me regarde et me dit

« Ca me fait plaisir de te voir déjà là! Et, ne t’inquiètes pas, ça fait toujours ça »…

Je suis bien placé pour le savoir!!!

De là, Alex m’aide à me déshabiller, je vais me rincer dans une mer plus que chaude mais je tremble rapidement et sors pour aller me doucher…

Ensuite, podologue, ostéopathe et retour vers notre gîte de l’Anse à l’Ane, à Trois Ilets…

Je m’endors déjà dans la voiture et sitôt posé sur le lit…

Le lendemain, je me réveille et réalise…

Je fête mes 24ans en Martinique et vient de finir la TransMartinique où il n’y a eu que 52% de finishers…

Alors, merci!

Merci déjà à Alex pour les kms partagés sur cette épreuve et ailleurs

Merci aux organisateurs et aux bénévoles qui ont fait de cet ultra une course merveilleuse de par un balisage, une organisation et un accueil sans failles…

Merci à Julia, mes parents et ma cousine pour leurs messages et appels réguliers qui, même si parfois tendus vu mon état de fatigue, m’auront fait un bien fou

Merci à tous ceux qui m’ont soutenu par la pensée, par un passage sur le suivi, par des messages mails ou Facebook lus après ou, surtout, par des sms qui m’ont encouragé tout le long de la
course, à chaque moment où j’étais moins bien et sortais le portable pour me rassurer…

Merci, vraiment…

Je ne sais plus où j’ai lu ça la première fois mais, l’ultra, c’est assez peu dans le corps et beaucoup dans la tête

Grace à tout ce soutien, j’ai réussi à ne jamais m’arrêter, à aller au bout, alors, encore, merci!

Je reviens de là-bas avec des souvenirs de 15jours supers avec mon Frérot de coeur, même si j’ai vu l’arrivée de « notre » course seul…

Merci à Toi Gros…

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En guise de conclusion, une citation d’Into The Wild, certains comprendront…

« Happiness Only Real When Shared… »

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Yorick - Traileur depuis 2008...

5 Commentaires

  1. Avatar de Jphi
    Jphi
    19 jan, 2012

    Encore un grand bravo pour cette prouesse! Comme quoi en plus d’avoir des jambes tu as de la volonté!!! :!:

  2. Avatar de Jacky
    Jacky
    20 jan, 2012

    Belle épreuve et bravo pour ton effort. Félicitations ! Tu as l’air d’avoir été souvent seul, ce qui est d’autant plus méritoire. L’avantage avec ce genre d’endroit, c’est qu’après tu peux en profiter (comme à la Réunion). Merci pour ton compte-rendu. A inscrire dans les sorties club de 2012 ?


  3. phil françoise
    20 jan, 2012

    Bravo!! Dès ton arrivée tu portes haut les couleurs du CTC !! ;-) puis poursuivre tout seul une aventure prévue à deux ! Chapeau :idea: Très très fiers de toi :lol: Merci au président de proposer si généreusement une sortie club à la Martinique :grin:

  4. Avatar de Yorick
    Yorick
    21 jan, 2012

    Quand vous voulez pour une sortie là-bas!!!
    Et, merci à vous!!!


  5. Isaandpat
    22 jan, 2012

    Bravo petit scarabé !
    De la souffrance et des larmes, mais aussi du coeur et ça c’est le plus important, car c’est ce qui te reste quand tu n’as plus le choix !!

    Amen ;-)

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