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Ultra Trail de 80Km et 4000m de D+

Ultramaratón de los Andes 2010

La Cordillère des Andes, la plus grande chaine de montagne du monde.

7000km du nord au sud, une échine de pierre s’étirant du Venezuela à la Terre de Feu, ondulant à plus de 4000m d’altitude en moyenne.

Un petit survol en avion permet de se donner une vague idée des paysages qu’on va découvrir le lendemain…

Alors évidemment, en arrivant à Santiago du Chili à 10h du matin et le départ de la course étant donné à 2h dans la nuit suivante, il fallait dormir pour récupérer des 14 heures de vol dans un environnement à 1% d’humidité relative… Mettez une éponge pleine de flotte toute la journée dans une carlingue, faites un quart de tour du monde avec, sortez-la de sa boîte… Vous vous retrouvez avec un quignon de pain sec. L’éponge, c’est moi en quittant mes Cévennes. Le quignon, c’est encore moi, 12h avant le coup de sifflet d’un ultra de 80km…

Après une petite sieste d’une heure et demie, je me rends dans le quartier de la Dehesa, au pied de la Cordillère, par une nuit noire, et par 5°C.

Il est minuit et demie, il y a déjà du monde. C’est qu’il faut que je récupère mon dossard et ma dotation (Tshirt, Buff, lampe frontale, chaussettes, Oxyenergy – j’en reparlerai…) et faire vérifier le matériel obligatoire comme la couverture de survie et autres.

La course est organisée par The North Face, et ça se voit comme si on était dans leur magasin. Il y a des moyens financiers, c’est indéniable. Il faut dire que l’épreuve n’est pas anodine, elle fait partie du North Face Endurance Challenge, et rassemble à ce titre un beau plateau international de compétiteurs : Chili, Argentine, France, Etats-Unis, Colombie, Venezuela, Royaume-Uni sont représentés parmi d’autres. Sébastien Chaigneau, de North Face, est favori. Il remportera d’ailleurs l’épreuve en 7h29 main dans la main avec Gustavo Reyes de Patagonia, 3 minutes devant l’américain vainqueur 2009 de la Western States, Hal Koerner (et, accessoirement, 4h30 devant moi…)

Pour l’heure, vêtu d’un petit short, je me réchauffe près d’un brasero salvateur.

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Puis vient l’heure du briefing donné par le directeur de course. En espagnol. Ben faut parler espagnol, c’est tout. :x

À 2h du matin tout le monde se serre sur la ligne de départ.

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Le compte à rebours est donné sur un écran géant. En France il est 7h du matin donc je suis un peu moins « décalé » que mes copains chiliens… Le peloton de 90 traileurs s’élance doucement dans la nuit.

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L’allure n’est pas très élevée, mais de toute façon le rythme sera stoppé net 100 mètres plus loin par le directeur technique qui arrête les coureurs, arguant que la voiture-leader s’est trompée et indique une autre direction. Le peloton s’arrête, se retourne, les derniers deviennent les premiers et on repart… pour 30 mètres, car on se heurte à une barrière verrouillée par une chaîne… Court instant de surprise, certains se faufilent à travers les fils de fer barbelé. Mais voilà, les ouvreurs avaient déjà remédié au problème et organisé le détour sur le pouce, alors on rappelle les téméraires : « Cambio, cambio ! ». Et on repart dans la direction initiale, les premiers redeviennent les premiers, etc, et on revient dans l’ordre des choses.

On part pour une première boucle de 25km. Tandis qu’on monte continuellement dans une forêt de cactus, je passe mon temps à calmer le jeu et à ralentir le rythme : je progresse calmement jusqu’à 1900m d’altitude, m’alimentant et buvant à profusion pour prévenir les crampes. Je sais pertinemment qu’avec le vol de la veille mes cuisses sont déshydratées en profondeur et qu’il va falloir gérer.

En fait, on ne le voit pas sur les photos, mais les cactus sont proprement gigantesques. Ils sont plus hauts que nos châtaigniers, que nos chênes… J’aurais aimé passer là de jour ; je balaie autour de moi mon pinceau de frontale pour surprendre ces géants hirsutes qui attendent patiemment le coureur endormi qui tombera dans leurs bras… Je fais le malin mais au beau milieu de la forêt de piquants les piles de ma frontale sont tombées en rade. Pas d’un coup mais suffisamment vite pour que j’ai tout juste longtemps de trouver les neuves au fond de mon sac. Puis il a fallu les changer à tâtons… (même pas fait piquer !)

Puis c’est la redescente. 1000m à dévaler dans l’autre sens. Malgré mes efforts pour me ralentir, surprise, je suis plus rapide que prévu. Deuxième surprise : les crampes aussi sont arrivées plus tôt que prévu. Au bout de 25km à peine, j’ai déjà les quadriceps (les quignons de pain sec) qui font des noeuds. Il me reste juste 55km à faire avec deux échasses… :o

Tant pis, je fais avec. On repart sur une ascension. Longue, longue ascension… 30km qui n’en finissent pas… Le soleil se lève alors que je suis quelque part vers Portezuelo, aux alentours de 45km de course.

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Cela fait 5 heures qu’on court dans le noir, sans même une lune pour nous aider. On s’était habitué. Puis d’un coup, on est témoin du réveil de la nature. Les rayons du soleil caressent d’abord doucement les collines, puis, dès qu’il saute la Cordillère, le soleil vient fourailler au fond de nos rétines…

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Si on avait un doute, la lumière le lève, on est bien dans les Andes : montagne aride et colorée par les minerais qu’elle renferme, cactus, ne manque que les condors (qui resteront invisibles cette année, peut-être à cause du vent)

Il va falloir monter tout là-haut… Enfin presque en haut…

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…jusqu’à ce trait léger qui barre le flanc de la montagne, comme une éraflure, une rayure qu’on a envie de gratter avec son ongle.

On y court pourtant sur cette éraflure…

On longe quelques restes de l’hiver (et oui, on est dans l’hémisphère sud, c’est le printemps !), et on arrive vers 2200m d’altitude avec une vue générale sur la Cordillère.

Puis, droit devant nous, on aperçoit l’objectif, en terme de dénivelé : le point haut de la course, El Peñón, 2600m.

Pour y arriver, une côte très raide d’environ 200m… Dur, dur… Tout le monde suffoque sous l’effort. Autour de moi, quelques coureurs (rares) du 80K repérables à leurs dossards rouges, le gros du peloton étant constitué de compétiteurs 50K (dossards bleus) partis 2h après nous sur le même circuit, sans la boucle de 25km.

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Qu’elle est longue cette côte !

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Ah! C'est moi ! ©tnfchile

En haut du col, libération : pour les jambes, qui en ont terminé avec l’ascension (enfin presque :evil: ) et pour les sens car on passe d’un paysage à l’autre le temps de franchir le col. J’observe quelques coureurs inhaler des bouffées d’OXYENERGY. C’est un aérosol, de l’air enrichi à 90% d’oxygène, fourni par l’organisation au départ. Je n’ai pas cru bon l’emmener avec moi, sceptique sur l’efficacité d’une part, et sur le bien-fondé du procédé d’autre part. A quoi bon s’engager sur une course de montagne si c’est pour emmener des artifices pour pallier aux déficits de son propre organisme ?

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Enfin bref, je souffle un petit moment là-haut, comme si j’hésitais dans quelle vallée tomber…

C’est la redescente… Normalement, c’est plutôt mon point fort… Mais là, mes quadriceps ne sont pas d’accord. Singulièrement, ceux-ci m’ont relativement laissé tranquille pendant la montée, alors qu’ils étaient beaucoup sollicités, mais là, ils refusent de descendre : chaque pas est un calvaire !

Heureusement j’ai les bâtons et je reporte tout le poids de mon corps sur eux pour limiter le travail musculaire excentrique. J’arrive quand même à trottiner, mais pas à galoper. Dommage. Je serai sur les talons de quelques coureurs mais n’arriverai pas à les doubler. Tant pis, j’attendrai mon heure.

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Je cours à peu près au même rythme que les coureurs autour de moi, sans pouvoir foncièrement rattraper du terrain. Je râle car je ne me sens pas vraiment fatigué : seule la douleur musculaire m’empêche d’accélérer. L’année précédente j’avais pu remonter 7 places dans la descente. Là, ça va être un peu plus compliqué…

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J’attends chaque ravitaillement comme un objectif, une issue. Et il y en a pléthore : près d’un tous les 10 kilomètres (sur la photo il y a du monde, mais en général j’étais seul).

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Pendant de temps là, en bas dans la vallée, d’autres épreuves sont parties : le 20K, 10K et 5K. Ça fait du monde sur les sentiers ! Heureusement, nous, tout là-haut, trottinons au-dessus du lot…

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Arrivés à la Martina, vaste complexe équestre, je me ravitaille longuement.

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J’ai deux coureurs en ligne de mire que je n’arrive pas à reprendre, et j’ai décidé d’appliquer ma tactique habituelle : bien m’alimenter, rester à mon propre rythme, ils finiront bien par craquer… d’autant que l’on va bientôt arriver dans un endroit terrible, dont j’ai fait les frais l’année dernière: Shangrila.

Shangri-La, c’est un endroit merveilleux et imaginaire, une lamaserie perdue aux confins du Tibet où il fait bon vivre… Shangrila, dans les Andes, est un cauchemar. Au 70è kilomètre, on nous fait passer dans un terrain de motocross. Une succession de coups de cul, des pentes à 40% où on dérape sans cesse… Devant moi, j’avise l’un des coureurs que je poursuis et qui a pris le large car je me suis trompé à un embranchement, perdant quelques minutes.

Je continue clopin-clopant sous le regard des locaux :

Je rattrape le premier coureur et le dépasse, il est au bout du rouleau. J’ai dans ma ligne de mire le deuxième. Il se retourne, me voit, et prend la poudre d’escampette. Je me lance à sa poursuite à toute allure, c’est-à-dire en clopinant. Je boitille, il claudique. Je me traîne, il rampe. Un attelage d’estropiés c’est à mourir de rire…

Puis je récolte les fruits de ma tactique d’alimentation : les forces reviennent, avec l’aide du mental car on se rapproche de l’arrivée, et je peux subitement accélérer jusqu’à 12km/h (les mystères du corps !). Je rattrape ma cible d’un seul coup, et maintenant ce rythme jusqu’à l’arrivée je ramasse même un troisième coureur, pour une 27ème place au classement général. Je passe enfin la ligne d’arrivée, et on vient me passer la médaille de finisher autour du cou.

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Puis je profite d’un massage bienfaiteur !!!


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12h00 de course, soit 1h de mieux que l’année dernière… Je suis content, mais me suis fait la promesse de ne plus jamais enchaîner un vol long-courrier et un ultra sans une récupération minimum : c’est-à-dire avoir au moins le temps de prendre une douche…  :)

Trace GPS

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(pour info, vu le nombre de points de la trace GPS j’ai dû la réduire d’où la réduction drastique de la distance… Non je n’ai pas coupé dans les virages ! :twisted: )

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Jphi - runtheplanet.fr

7 Commentaires


  1. Christine
    21 oct, 2010

    Tes quignons de pain secs t’ont mené jusqu’au bout et à une bonne place, malgré tout. Bravo. :idea:

    • Avatar de Jphi
      Jphi
      22 oct, 2010

      Je les ai bien imbibés depuis, maintenant ils sont tout mous… Du vrai pain perdu… remarque c’est toujours mieux que les biscottes…


  2. BARRIERE
    22 oct, 2010

  3. BARRIERE
    22 oct, 2010

    Bravo Champion ! Le CTC est fier de Toi ;-)

    • Avatar de Jphi
      Jphi
      22 oct, 2010

      Merci j’aime bien quand vous mettez une majuscule à Moi… :cool:


  4. le concombre masqué
    22 oct, 2010

    Belle petite course….Je pensais que le Chili avait beaucoup plus de canyons ( comme quoi, on se fait des idées fausses ). Je voulais envoyer les photos de mes entraînements des 4 mardis qui viennent de passer : toujours le même parcours : Mairie d’Alés- tour des boulevards – ss-préfecture…..C’est un peu lassant mais tu peux t’arrêter plus souvent au bistrot et, si tu es sage, tu as même droit à quelques lacrymos….Franchement, j’échangerais bien mes entraînements avec tes courses : c’est bien plus joli.
    A bientôt

    • Avatar de Jphi
      Jphi
      22 oct, 2010

      Merci, Pepino (c’est comme ça qu’on dit concombre en espagnol)…
      Mais tu sais le Chili c’est grand il y a bien des canyons… d’ailleurs regarde les photos ici :
      http://www.runtheplanet.fr/Expeditions/Pages/Atacama_Desert.html
      c’est plein de canyons…
      Et franchement, ils sont bien tes entraînements, ça fait juste un peu longtemps qu’on n’en a pas fait ensemble, j’attends que tu retires ton épine du pied… :o

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