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MARATHON DES SABLES

Marathon Sables F2

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Tout commence par cette publication sur Facebook : “Recherche coureurs pour monter une équipe qui participera au Marathon Des Sables, afin de récolter des fonds pour le Téléthon 2016”.

Cette course mythique,  pouvoir peut être  y participer, de plus pour sauver des vies humaines, moi qui ai la chance d’être sur mes deux jambes, sans hésitation je fonce à la première réunion d’information, puis tout s’enchaine, la recherche de sponsors, la vente de tee-shirts, les soirées et j’en passe. 

Viennent ensuite le début des entrainements. De fréquentes sorties sur la plage de l’Espiguette entre autres, avec Mon-Jean-René (Mon sera employé dans ce contexte pour accentuer un peu plus l’image d’une grande amitié et d’une complicité à toutes épreuves) . La vie met sur notre chemin des êtres qu’il aurait été dommage de ne pas connaitre, un manque, un trou dans notre existence. 0n pousse même jusqu’au campement, ce qui nous a valu remarques en tous genre de calominateurs . Qu’à cela n’y tienne, ce fut de vrais moments de bonheur, le sable, la mer, courir sous le clair de lune. Je l’ai embarqué dans cette aventure malgré sa réticence, mais il ne le regrettera pas par la suite.

Puis vient le jour du départ en bus vers Paris ou nous passerons une première nuit. Les membres du Défi Des Sables sont là, Yvette toujours fidèle malgré ses tracas, nos familles, nos amis, les journalistes. Sur les visages, dans les yeux se lit l’angoisse de partir, l’émotion de quitter des siens, mais aussi un peu la joie d’aller la bas relever ce défi et vivre cet “autre chose”, que nous imaginons déjà, mais qui sera bien plus encore, l’indéfinissable, le grandiose, l’amitié entre les peuples, sans distinction de niveau social ni de race, en cette période de tumultes et de violence gratuite et nous en serons marqués pour le restant de notre existence.

Nous arrivons tôt à Orly ou nous faisons déjà connaissance  avec les coureurs, une charmante Méxicaine, un atypique Brésilien, puis c’est l’envol vers Ouarzazate.         

Nous serons accueillis déjà chaleureusement par les bénévoles, ainsi que Patrick BAUER, qui est lui, déjà sur une autre planète. Un long voyage en bus de 6 heures nous attend afin de rejoindre les portes du désert et découvrir notre premier bivouac. Nous aurons la tente n° 92 pour la semaine.   

Un bon vrai coucous nous est servi pour ce premier repas et nous en profitons pleinement, nous connaissons la carte des prochains. Le lendemain sera une longue journée de contrôles et de mise en place. L’autosuffisance commencera au matin de la première étape. Pour notre première nuit le désert nous fera cadeau d’un fort vent pour nous mettre en condition.           

ETAPE 1 – OUEST ERG CHERBI/ERG ZNAIGUI : 34 kms, 08:09:39.

Le départ est émouvant et le sera à chaque étape : HIGHWAY TO HELL il will be reality !       

C’est fort, la traversée des dunes de MERZOUGA, les plus hautes du Maroc, le sable ocre ressemble à de la farine et se dérobe à chaque pas. La chaleur est supportable mais au sortir des dunes la tempête de sable tentaculaire ne nous laissera pas de répit, lunettes étanches et foulard sur le visage seront les bienvenus. Dure étape pour une première.

Les soirées sont courtes, dans le désert le soleil se couche très tôt. Un gant jetable, une bouteille d’eau, une brosse a dent minimaliste,  voila notre nécessaire de toilette, sans oublier les fameux sacs à crottes, pour lesquels, la veille, un comique amateur, perché sur son 4X4 nous en a détaillé la notice d’utilisation, dans un scenario digne des studios Atlas à Ouarzazatte, citée du cinéma. 

Nous allumons notre feu pour préparer notre festin déshydraté, comme nous le ferons tous les soirs avec plus ou moins de mal, dépendants d’Eole notre maitre et régisseur. Le sol est caillouteux, les frontales diffusent une lumière et des ombres fantasmagoriques sur les toiles berbères noires tenues par des piquets de bois qui n’en pensent pas moins et en diraient long sur leur vécu, prêts à s’écrouler. Nous y aurons droit d’ailleurs, une nuit et je ne me voile pas la face et avoue que j’y ai fortement contribué involontairement. Un peu de piment, il en faut, ça nous as occasionné un grand moment de fou rire avec Mon-Jean-René, difficile de retrouver notre sommeil éphémère, mais mieux qu’une dose d’anxiolytique.

Le matinée débute vers 5 heures, préparation du muesli, traitements des ampoules, vérification du sac, puis c’est notre toit qui s’envole à grand coups de “yallah, yallah”, alors qu’un tapis d’objets en tout genre, métonymie, jonche le sol, téléportation vers Capharnaüm l’espace d’un instant, on est à nouveau dans l’ambiance. Le soleil est déjà haut à 6 heures 30.

ETAPE 2 – ERG ZNAIGUI/OUED MOUNGARF : 41,3 kms, 08:32:36.

Le départ est donné vers 8 heures 30. Cette deuxième étape est assez roulante, avec des dunettes, mais des parties très caillouteuses et traumatisantes pour les chevilles. La tempête de sable ne nous épargnera pas à nouveau. Nous traversons le vieux village de TAOUZ, puis celui de JDAID, avec la montée du jebel EL ABETH. Dans les villages ou il y a âme qui vive, les enfants souriants, heureux de vivre, malgré l’hostilité, viennent nous réclamer des friandises, mais nous n’avons rien d’exceptionnel à leur offrir si ce n’est que quelques tapes amicales. Je me ferai plaisir sur cette étape et garderai un bon rythme.

Les soirées se ressembles sous la tente, c’est toujours le même rituel, récupération des trois bouteilles d’eau, passage au médical pour les produits pharmaceutiques, puis direction vers la tente web, pour l’envoie de notre mail quotidien d’ou nous ressortons les yeux rougis, albinos, mais rapprochés des nôtres, qui nous soutiennent, fatigués eux aussi de nuits blanches.

Les pieds me font souffrir un peu plus chaque jour, le sac à dos de 12 kilos sans l’eau, m’a paralysé les épaules, mais continuer mon périple, ne surtout  pas lâcher, tout le reste est marginal.

ETAPE 3 – OUED MOUNGARF/ BA HALLOU : 37,5 kms, 08:40:33.

Cette étape je la ferai avec Mon-Jean-René, je garderai des réserves pour la grande étape du lendemain. Ce sera une succession de jebel et terrains accidentés. Nous traversons les ruines de BA HALLOU. La tempête de sable s’est enfin calmée, mais nous nous enfonçons un peu plus, chaque jour dans le désert et la chaleur devient intense, plus de 40 ° qui ne fléchirons pas au long des étapes suivantes. Nous buvons beaucoup, 6 litres d’eau, rapidement chaude, nos pastilles de sel nous préservent de la déshydratation, le taux d’hygrométrie n’est que de 5 %, impensable. Nous traversons des vallées interminables, que je comparerai à la Vallée De la Mort du désert des Mojaves, je n’y ai jamais mis les pieds mais pour ce que j’en sais la comparaison est judicieuse, le sol craquelé, tout est sec, les pieds me brulent, avancer encore et toujours.

L’arrivée au bivouac est toujours un grand moment de soulagement. Un petit coucou devant la webcam, quant j’y pense et par respect pour ceux qui me guettent de l’autre coté, un bon thé marocain et le rituel,  prise de vue des nouvelles ampoules qui poussent comme des champignons, envoi de mails. Un moment fort, la lecture des messages reçus et apportés sur place au bivouac. Emouvant. Mon épouse me suit sans relâche jour et nuit, s’inquiète, me rassure, mes amis m’encourage, me soutiennent, ne me laissent pas tomber. Je n’aurai jamais pensé être aussi admiré, j’en ai les larmes au yeux. Il ne faut pas que je les déçoivent et je ferai le maximum pour aller au bout, c’est là, écrit, arrimé sur mon sac. Jour et nuit ils ont veillé sur moi, Corinne, Agathe, Théo, ils m’ont suivi dans ce désert hostile, m’ont permis d’affronter la douleur, la chaleur, ma bonne étoile.

ETAPE 4 – BA HALLOU/HASSI TARFA : 84,3 kms, 27:16:05.

Toujours plus grandiose, nous partons pour plus de 24 heures d’efforts. Je ne quitterai pas Mon-Jean-René, je l’ai engagé dans cette galère, je lui ai promis que je ne le laisserai pas tomber et je ne manquerai pas à ma parole c’est une de mes qualités, peut-être la seule.  Nous ferons cette étape ensemble jusqu’à la fin, un plaisir pour moi, pour lui je pense et espère aussi, il est tellement sibyllin. Dure épreuve, sous la chaleur toujours écrasante, non ce n’est pas un mirage ce qui nous attend au km 10, l’affrontement avec le jebel EL OTFAL avec ses 12 % de pente moyenne et un final à 30 % et aux cordes.

Le rythme s’est ralenti pour tout le monde, les corps souffrent, mais un panorama à couper le souffle s’offre à nous au sommet. La descente sera très technique dans un lit d’oued rocheux, encaissé, étouffant. Nous enchainons dunes, cailloux, plateaux, pitons rocheux, pistes, lacs asséchés, vallées caillouteuses, faux plats sablonneux. Nous montons vers de jebel MZIOUDA, descente technique, djebel MHADID AL ELAHAU, pente à 13 %, raide. On nous équipe de balises fluorescentes car la nuit ne va pas tarder à arriver. Le coucher de soleil sur le désert sera encore un moment magique et mystique. La nuit est totale, nous rejoignons le CP4 au km 45 nous reposer. Nous repartons, c’est irréel la nuit. Montées et descentes dans le sables s’enchaineront, grande pénibilité, mais nous avons bien récupéré, il le fallait j’avais l’impression de dormir debout.

Plus de balise en vue, nous sommes sortis du parcours, mais pas d’inquiétude, la boussole est là. Carte en main Mon-Jean-René prend le cap, je le cherche à mon tour, deux fois valent mieux qu’une, le résultat est identique, nous nous dirigeons et tombons sur le marquage. De vrais gamins, heureux de notre première expérience d’orientation. La fin sera interminable. Le campement est en vue au loin à plus de 10 kms. Plus on avance , plus il semble s’éloigner, la fatigue peut être. La ligne d’arrivée est enfin là, nous sommes épuisés mais euphoriques.

Une surprise nous attend pour notre arrivée, un coca bien frais, puis………..rien de nouveau, misoneisme.

ETAPE 5 – HASSI TARFA/BOU MAKHLOUF : 42,2 kms, 08:14:58.

Nous avons eu un temps de récupération assez long et nous partons, reposés, si on peut dire, pour cette dernière étape, avant celle de solidarité. Toujours cette chaleur, les paysages désertiques, le désert nous y sommes comme chez nous maintenant, c’est notre quotidien, coupés du monde depuis plusieurs jours. Nous terminons cette étape main dans la main avec Mon-Jean-René, pleurons de joie, c’est gagné !

Ce sera une soirée de fête au camp, un orchestre, une chanteuse, la remise des prix, encore un coca, nous languissons de nous allonger dans notre campement de pestiférés, dans la poussière, les pansements, dans un état de crasse exceptionnel mais c’est jouissif.

ETAPE CHARITY UNICEF – BOU MAKHLOUF/TAZOULAIT :17,7 kms, non chronométrée.

Cette étape obligatoire pour la validation de notre victoire sera la plus courte mais dure. La motivation n’est plus au rendez vous.

Sous l’arche d’arrivée, c’est la remise de la médaille, les félicitations de Patrick BAUER, les acclamations des bénévoles et organisateurs, ça fait chaud au coeur.

Un long voyage en bus nous attend pour rejoindre Ouarzazate et notre palais doré le KARAM PALACE, pour un grand décrassage suivi de goinfreries, de détente. Une sensation de retour progressif à la réalité de la vie.

Les mots me manquent pour tirer une conclusion et vous faire part de mes sensations, car trop grandiose, hors du commun. La semaine qui a suivi mon retour, je me réveillerai la nuit, me croyant encore dans le désert, à l’aube d’une nouvelle étape. Je ne pourrai jamais oublier ces instants. Je ne remercierai jamais assez tous les membres du Défi Des Sables, d’avoir cru en nous, encore pour leur investissement permanent durant une année et ce n’est pas terminé. Comment remercier mon épouse, après tout ce qu’elle a fait pour moi, pour son implication, son aide immense pour reconditionner mes repas, ses conseils en tout genre. Je l’ai souvent laissée seule jour et nuit dans une période ou le départ de Théo vers une nouvelle vie, pour ses études la perturbait, je m’en excuse ouvertement, j’ai appris auprès de mon maitre  professeur de yoga qu’il fallait laisser son ego au vestiaire pour vivre pleinement. On dit que le temps perdu ne se rattrape pas mais je n’en suis pas si sur. Merci  aussi à Mon-Jean-René, qui même si ravi de s’entrainer avec moi a du me suivre et supporter mes sautes d’humeur. Nous avons courus ensembles une grande parti de ce Marathon Des Sables et finis main dans la main, c’est la plus grande preuve d’une amité infrangible. Merci encore et encore à vous toutes et tous, sponsors, famille, amis de m’avoir autant soutenus et suivis. Merci pour votre accueil à notre arrivée tardive en gare de Nîmes. Une pensée particulière pour Notre-Yvette qui aura encore fait ce déplacement.  Je suis ému et comblé de tant de reconnaissance autour de moi. Je ne mérite pas autant, personne de m’a obligé, d’autres ont bien plus de mérite que moi pour toutes leurs actions auprès de personne qui sont dans le malheur ou qui souffrent tous les jours un peu plus. Les larmes me viennent, ma gorge se noue encore à ce jour quant je pense à tout ça, quand je le raconte. Le désert m’a changé.

Je ne sais pas si cette aventure sera la plus forte de mon existence, par contre ce que je sais, c’est qu’elle sera éminente.

Merci la vie de m’offrir la chance de pouvoir réaliser mes rêves les plus fous.

Thierry

7 Commentaires

  1. JphiJphi05-10-2016

    Magnifique aventure ! Super article, on sent encore l’émotion qui transpire à travers chacun de tes mots. Ce genre de course marque le corps et les esprits ! Merci et encore bravo !

  2. RomainRomain05-11-2016

    Super récit! Les photos donnent vraiment envie! C’est magnifique. Encore un grand bravo!

  3. ChristineChristine05-11-2016

    Superbe récit plein d’émotions. Quelle magnifique expérience tu as vécue. Félicitations encore Thierry, tu es une “belle” personne.

  4. RoxaneRoxane05-11-2016

    Bravo Thierry d’avoir réussi à allier performance physique et moments de fraternité et d’amitié. Le tout au service de la bonne cause. C’est le genre d’aventure humaine qui vous change un homme (ou une femme ;)) et qui vous donne envie d’en faire autant. Un exemple à suivre !

  5. CristelleCristelle05-11-2016

    Félicitations Thierry. Une sacrée aventure hors du commun. Et bien, Je vois plus d’une qualité chez toi à travers ton récit. Bravo !!

  6. JackyJacky05-11-2016

    Très beau récit et belle aventure. Encore bravo Thierry, et chapeau !

  7. Jean-ClaudeJean-Claude05-11-2016

    Énormes bravo à toi d’avoir participé et réussi cette magnifique aventure, on sent dans ton récit l’émotion qui t’a envahi tout le long de cet exploit…

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