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Trail des Gorges de l’Ardèche

Jacky Copie

En 2009, j’avais fait ce trail dont je n’avais pas un trop mauvais souvenir malgré quelques ennuis de balisage et les 10 derniers km pas très motivants dans une plaine boisée : 40 km en 5h51, 25ème au général. Didier Tomé en était le vainqueur. Depuis, le parcours a changé, est passé à 41 km, mais surtout s’est bien durci d’après ce que je peux voir sur le site Internet de la course.

L’endroit est magnifique, tout le monde connait les gorges de l’Ardèche. Donc j’envisage un retour sur ce terrain, et je m’inscris malgré une dernière sortie ratée à cause des orages. Levé à 5h30, départ à 6h d’Anduze après avoir pris un jus d’orange. Une heure plus tard, arrivée à Saint-Martin d’Ardèche. Je trouve une place dans un petit parking à 50m du départ, et même équipé de toilettes publiques. Impeccable. Je vais chercher mon dossard, mais je dois demander mon chemin car la salle est un peu perdue au fin du village. Cela promet pour la suite ! Là, je rencontre Brice, comme prévu. On va se préparer. Nous ne savons pas combien de personnes au départ, juste un peu plus de 100 à vue de nez. Le commentateur nous fait un petit briefing, en nous annonçant déjà que suite aux intempéries récentes, le niveau de l’eau et son débit sont important et que le franchissement de l’Ardèche sur un pont fait de canoës n’a pas été accepté par la Préfecture. Donc retour par le pont pour un passage à mi-parcours devant le départ, ce qui rallonge un peu. Le balisage est fait de rubalise et de peinture rose. Nous sommes susceptibles de se faire rattraper par les coureurs du 23 km (les femmes partent à 8h15 et les hommes à 8h30) ou croiser également les coureurs du 10 km qui partent à 10h. Sur ces belles paroles, le départ et donné à 7h30.

Départ

La première moitié du parcours a lieu intégralement dans le Gard. Nous prenons donc le pont suspendu pour nous rendre de l’autre côté de la rivière et rejoindre Aiguèze, l’un des plus beaux villages de France.

Pont

Ardeche (22)

Comme nous ne pouvons traverser l’Ardèche par les canoës, c’est par ce village que nous reviendrons avant d’attaquer la deuxième moitié du trail. Les choses sérieuses commencent alors. De belles montées dans les cailloux nous donnent le ton. Puis après quelques km, on s’enfonce dans une forêt sombre où l’on doit chercher son chemin. Le côté positif est que nous sommes à l’abri du mistral assez fort et du soleil. Il me vient à l’esprit que cette première partie est un mélange de sortie off du CTC aux calanques pour le dénivelé, et de Barkley’s pour l’aventure : il n’y a pas de sentiers, mais il faut chercher les rubalises pour progresser. J’avance, je bartasse, je fais marche arrière, je scrute à la recherche d’indice ! Car déjà, je suis seul sur le parcours, et c’est assez flippant. Et tout ça bien sûr sur un terrain pentu, encombré de bois mort et de terre, qui ressemble à un champ de mines (peut-être les sangliers ?).

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Trace dans la fôret

Enfin, la sortie de ce maudit bois et je me retrouve au-dessus des gorges, au soleil et revenu dans la rocaille.

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Maintenant, il faut encore remonter, et il s’agit plutôt d’escalade sur les rochers. Je crois que pour cette première partie, le mot trail aurait du être remplacé par “Parcours de survie” ou “Koh-Lanta” ou autre, selon son imagination.

Dans une montée, j’entends des pas assez rapides derrière mois : ce sont les premiers du 23 km. Je laisse passer les deux premiers, puis deux autres, et un cinquième un peu plus tard. Seulement cinq, c’est pas trop mal :-) Tous sympas, ils me remercient et m’encouragent. Au bout de cette montée, un petit croisement. Je vois des rubalises dans le monotrace en face qui grimpe encore. Je m’y engouffre d’une foulée tranquille. Tout d’un coup, un véritable troupeau de coureurs dévale la pente : le 10 km. Je trouve quand même gonflé de faire ce genre de croisement. Obligé de me mettre sur le côté et de monter comme je peux, je commence à me poser des questions. Je demande à quelqu’un s’il à déjà vu un coureur qui montait ? Oui, il y en a un devant. Bon, je continue. Je croise une féminine que je connais, mais impossible de savoir qui. Je lui dit bonjour et lui demande si tout va bien sans m’arrêter, puis je rencontre un bénévole qui redescend et qui me dit que je ne suis pas sur le bon chemin, j’ai loupé le parcours au croisement d’en dessous, il y avait une épingle à cheveux à prendre à gauche !

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Montée et redescente !

Je fais demi-tour et attaque la descente avec le gros du peloton des 10 km. Après la bifurcation que j’avais loupée, cela devient plus périlleux,toujours dans la forêt. Prévoyant, j’avais mis des gants de VTT et je peux m’accrocher aux arbres, car c’est très glissant. Il y a plusieurs passages avec des cordes, et les gants sont encore utiles. En bas, on sort de ce bois, mais il faut encore descendre dans un pierrier. Cela est plutôt ludique, car c’est comme dans la poudreuse, on pose le pied et on se laisse glisser…

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Ce groupe me coince un peu, mais je me dis qu’ils font 10 km et que moi je n’ai pas encore fini, et ça me fait un peu de récup. Je double un jeune dans la montée du dernier pierrier avant le retour vers Aiguèze. Je n’ose pas l’encourager pour ne pas qu’il se décourage justement. Il y a derrière moi deux femmes qui n’arrêtent pas de parler et ça me prend la tête. Je me retiens pour ne pas leur faire de réflexion, et je ne peux pas doubler. Je ronge mon frein jusqu’au village, que nous traversons pour rejoindre le pont.

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Là, je croise Aurélien qui monte à contre-sens. Je l’interpelle et nous échangeons quelques mots. Il a fait le 10 km en off, et c’est sa femme que j’ai croisée qui fait le 10 km aussi (je l’ai redoublée depuis). Et le jeune de tout à l’heure, c’est son fils !

Retour sur le pont vers Saint-Martin. Pas mal de spectateurs, qui me lancent des : c’est bientôt fini, bravo ! Plus qu’un km, etc… Il faut dire que tout le monde arrive ensemble, le 10 km et le 23km ! Je ne réponds pas, mais sais que c’est loin d’être fini.

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Cette variation de parcours est un piège pour le 41 km : on revient au départ, et après un enfer de première partie, la tentation est grande de s’arrêter, car seule une moitié du parcours est effectuée, et les jambes en ont vu de toutes les couleurs. Mais je sais que la deuxième partie, cette fois-ci en Ardèche est moins difficile.  Cela ressemble après coup à l’Hivernatrail : rocaille, montées, descentes, chemins en devers, etc.. du trail quoi.

Je suis avec trois féminines au ravitaillement de mi-course. Il y en a une qui ne veut pas repartir, les autres l’encouragent et finalement tout le monde repart. J’en profite pour vous parler des ravitaillements : celui-ci est composé d’eau, de coca et de jus de fruits. C’est tout ! Alors que nous sommes en pleine ville et à mi-parcours. De plus, nous n’avons aucune info sur l’emplacement des ravitaillements : nous les découvrons en haut d’une falaise, au détour d’une boucle. L’aventure qui continue quoi.

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Je repars après 3h30 pour effectuer ces premiers 21 km. Brice me dira qu’il a mis le même temps, mais on ne s’est pas vu. Dommage, car 200m après ce ravitaillement, on suit la berge de la rivière, qui sert aussi de parking, et lui avait garé sa voiture ici. Donc en passant à côté, et vu l’état des jambes à ce stade, la tentation a été trop grande d’arrêter. J’espère qu’il n’est pas trop déçu, car nous aurions pu continuer ensemble, je l’aurais motivé.

Car lorsque nous quittons ce parking, toujours sur les berges, un monotrace a été tracé dans les hautes herbes, et c’est assez agréable car tout plat et le terrain moelleux. Mais c’est aussi l’arrivée du cani-cross. J’avais oublié cette autre épreuve dans le lot. Quand on voit arriver des chiens devant soit, c’est pas terrible. Les maîtres leurs disent d’aller tout droit, de ne pas gêner, tirent sur leurs laisses, etc… Heureusement, ce n’est pas long, et nous continuons à longer l’Ardèche, cette fois sur les rochers. Beaucoup de gros trous, progression pas très rapide, et des passages où l’on doit s’accrocher à des aménagements en place comme des barres de fer (genre via ferrata) ou des cordes. Là, il y a des bénévoles qui nous mettent en garde.

Bien sûr, a un moment il faut remonter. Du niveau de l’eau jusqu’à la route en direct, cela fait un beau dénivelé. Mais on a de belles vues aussi :

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Presque en haut, un ravitaillement ! Un vrai : des abricots secs, du chocolat, des TUC, des tranches de saucisson, du fromage, etc… Je prends trois abricots et un morceau de gruyère, fais le plein d’eau. On me dit qu’il reste 11 km. Je demande : pour le prochain ravito ? Non, pour la fin de la course. Après vérification sur mon GPS, c’est correct. On m’annonce le prochain ravito à la grotte, à peu près 4 km. Je repars.

Puis je m’aperçois que depuis un moment il n’y a plus de rubalise sur le chemin (qui monte bien sûr), juste des marques de GR. Je redescends et effectivement, le sentier devait tourner à gauche sur une petite monotrace bien cachée, et j’ai été tout droit. C’est reparti.

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Encore un bel aller-retour

Et toujours de belles vues :

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J’arrive effectivement à l’entrée d’une grotte. Je croyais que c’était la réplique de la grotte Chauvet, mais non. Sur le parking, je suis désemparé : pas de rubalise. Je vois quelques clients assis en terrasse : je demande mon chemin de loin, et un gars se lève et me fais signe de venir. C’est le bénévole ! Le ravito est derrière un bosquet, à l’entrée du bois. Il me dit que c’est la grotte de Saint-Marcel, la plus belle. Je fais le plein de mon camel-back, bien qu’il me dise de ne pas trop me charger car il y a une grosse montée et un point d’eau dans 3 ou 4 km (il en reste huit).

Je repars, toujours tout seul depuis presque toute la deuxième partie. Une des féminines a finalement fait demi-tour après un km de la mi-parcours, et j’ai suivi les deux autres a un bon rythme tout le long de la rivière. Mais dès la montée, elles m’ont distancé. Et plus personne devant ni derrière.

C’est pour l’instant un plateau gentiment vallonné, où il y a des sites intéressants :

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Fabrique de charbon de bois

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Ancien abri en pierres sèches

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Dolmen effondré

Puis vient cette dernière grande montée. Mais je suis pris d’un doute, à la moitié, plus de balisage du tout. Je redescend jusqu’en bas, et vois la dernière rubalise. Je remonte, presque jusqu’en haut, mais toujours rien. Je vais au prochain virage pour voir une marque quelconque plus loin, mais rien à l’horizon. Je redescends, me disant qu’il y a peut-être un monotrace sur le côté que je n’aurais pas vu. Puis je croise un coureur qui monte. Je lui dis qu’il n’y a plus de balisage. Il me réponds qu’il a fait le trail l’année dernière et qu’il se souvient de cette montée. Et que vers la fin de toute façon le balisage est très léger. Je repars pour la troisième fois à l’assaut de cette pente à 25 %.

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Trois Aller-Retours

Arrivé sur le plateau, le balisage reprend. Je croise quelques randonneurs. Je commence à avoir des crampes. J’avais prévu de prendre un cachet de Sportenine au point d’eau, mais je m’aperçois que le chemin commence à descendre, et que d’après le profil, c’est la dernière descente vers l’arrivée. C’est confirmé par la vue d’Aiguèze de l’autre côté de la rivière.

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Je réalise donc qu’il n’y aura pas de point d’eau avant l’arrivée. En bas de la descente, un dernier hameau. Un croisement et je ne sais pas où aller. Il y a de la peinture, mais sur le gravillon et c’est tout effacé. Je ne sais pas si c’est à droite ou à gauche. Je vois à droite un portillon grand ouvert qui donne dans un champ. Je regarde, mais m’aperçois que c’est une propriété privée. Je vais à gauche, et aperçois la rubalise, derrière une voiture garée juste devant. Je débouche sur un champ, où il y a Aurélien et sa petite famille qui m’attend. Très sympa. Il m’annonce qu’il reste un km et ils me suivent, avec le fiston en VTT. Bon rythme, et je vois à quelque mètres celui que j’avais croisé dans la dernière montée. Je ne vais pas le chercher, je ne suis pas à une place près. Je passe la ligne en moins de 7h. Au dernier ravito, j’étais pointé 56 ème. J’ai vu la liste, c’était bon et je me disait que c’était pas mal sur le nombre de participants. Avec le gars qui me passe devant, je pense être 57ème.

A l’arrivée, le ravito est comme à mi-parcours : jus de fruits, eau et coca. Tout est chaud. Je recrache tout et passe mon chemin. Je crois qu’il y a une bière offerte et je vais au repas, mais rien du tout. Je prends de l’eau. Je regarde le repas, ou ce qu’il en reste car les autres courses sont passées avant. Cela ne me dit rien : ragoût de porc et grosse pommes de terres avec la peau. Et fromage. Je n’ai pas mangé depuis la veille au soir, mais je n’ai pas faim. Je discute avec Aurélien un moment et vais voir les résultats : cela s’arrête au 46ème ! Je vais au camion de chronométrage, et il me sort les résultats par catégories. Je suis 3ème. J’ai du perdre une bonne demi-heure dans tous mes égarements, mais comme le 2ème est en 6h20, cela n’aurait rien changer. Après un petit cafouillage à la remise des prix, montée sur le podium :

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Après la remise des prix, les résultats n’étaient toujours pas affichés. Assez déçu de la place finale !!

 Petit mot des organisateurs sur leur site :

Merci à tous

On peut dire aussi “merci” à la météo : temps frais, par moments mistraleux, mais ensoleillé.

Trois jours avant, les pluies cévenoles ont fait monter l’Ardèche. Elle n’est pas “redescendue” aussi vite qu’espéré : il n’a pas été possible de lancer le “pont de bateaux” sous Aiguèze pour des raisons à la fois techniques et sécuritaires.

Surtout, pour l’équipe de bénévoles, ce n’était pas le dixième, mais un premier Trail, remis en place depuis trois mois.

Et dans ces conditions, il a fallu réajuster les trois parcours, donc modifier une partie du balisage l’avant-veille et la veille du Trail, sans être en mesure de réguler les arrivées des concurrents dans St-Martin (la moitié du parking “Trail” sur la plage toujours inondée), en bloquant le pont suspendu entre les deux départements plusieurs heures, avec des postes de redirection défaillants aux entrées du village, ou sur sites.

Ce qui a conduit d’une part, sur tracés, à des erreurs d’aiguillage pour certains (vers Aiguèze, vers la Grotte de St-Marcel), et même à des problèmes sur l’arrivée et le chronométrage dont nous sommes vraiment navrés, tant pour les fidèles que pour les nouveaux arrivés.

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8 Commentaires

  1. CristelleCristelle05-17-2016

    Eh bien, au moins tu as de quoi raconter ! Et dire que j’ai hésité avec celui-ci et les balcons d’Azur !
    Tu as pris de belles photos, tu as dû quand même bien profiter…

  2. Jean-ClaudeJean-Claude05-18-2016

    C’est plus du récit d’aventure qu’un trail de 42 km !!!, vraiment dommage que les organisateurs aient bâclé de la sorte ce trail. Il me tentait bien mais maintenant plus du tout…..

    Encore bravo pour être arrivé au bout, car la tentation doit être forte de tout laisser tomber avec ces aller retour incessant.

    Félicitations !!

  3. JackyJacky05-18-2016

    Oui, comme j’ai cru comprendre, c’est une nouvelle équipe, et d’après ce que j’ai pu voir, je crois que les bénévoles ainsi que les organisateurs ne sont ps du tout des trailers … Enfin, une belle journée quand même. Dommage que Brice n’ait pas continué, je me serais senti moins seul ;-)

  4. RoxaneRoxane05-18-2016

    Eh ben quelle aventure ! J’imagine que ça n’a pas été facile de garder la motivation pour finir le parcours, après ces innombrables détours, il y avait vraiment de quoi se décourager ! Bon tu as quand même été récompensé par de beaux paysages apparemment ;) Bravo et merci pour le partage !

  5. JphiJphi05-18-2016

    Je suis sûr que s’il ne t’était pas arrivé toutes ces mésaventures tu n’aurais rien eu à raconter, cette course aurait été un trail comme les autres et tu n’aurais même pas écrit d’article ! :)
    Bravo pour cette aventure et ce podium !

  6. DiditotoDiditoto05-18-2016

    D’abord bravo pour avoir gardé le moral après plusieurs pertes de balisages et ton podium ! Merci pour la lecture de ton aventure.
    C’est vrai qu’en 2009 le parcours était bien tracé…
    Bonne récup !

  7. AnonymeAnonyme05-20-2016

    Bon moi aussi j’étais sur le 41 km. Je confirme ton commentaire, la première boucle très cassante mais bien fléchée, par contre la 2eme boucle catastrophique au niveau balisage : passage le long de l’Ardèche un peu paumé, des virages en épingle non indiqués, des ravitos plus que limites ( sauf celui des ZZTOP). Pour finir j’ai continué sur la parcours du CaniCross. Au total 43 km au GPS. Par contre beau parcours un peu trop cassant pour moi.

  8. StéphanieStéphanie07-26-2016

    Très chouette ce récit…on s’y croirait, on galère avec toi ! Bises @Jacky

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